Compte-rendu analytique par Marc Houssaye — Café Citoyen de Caen (22/01/2003)
Animateur du débat : Marc Houssaye
» Politique et Société
La solitude : ses causes, ses conséquences
Vous consultez actuellement le compte-rendu analytique du débat (intégralité des échanges)
Vous pouvez également en consulter une synthèse :
1 – On a toujours tendance à parler de la solitude des gens âgés. Mais en fait la solitude n’a pas d’âge. Et même si Gilbert Bécaud a chanté « La solitude n’existe pas »… Pour les causes, je pense qu’il y en a beaucoup. Le chômage qui peut transformer la vie des familles. Il y a des jeunes qui rentrent dans la vie active tout d’un coup et qui s’ils sont nommés dans une ville où ils ne connaissent personne, eh bien sont complètement isolés. Quand on a pas de moyen de rencontrer du monde aussi.
A – Alors vous lancez le débat sur la solitude que l’on subit. Et puis l’exclusion. Il y a certainement d’autres formes de solitude. Et puis vous soulignez qu’il n’y a pas que les personnes âgées qui souffrent de cette solitude.
2 – La solitude existe mais on peut limiter la solitude. Maintenant, il y a beaucoup de choses que l’on peut faire dans la vie. Les clubs de troisième âge, les associations à la fac, la gym, le yoga. Et en plus il y a des voyages organisés par la fac. Quand on ajoute tout cela bout à bout… Moi personnellement, je suis inscrit dans tout ces endroits là et ma semaine est bien complète. Des fois presque pas assez longue… Il n’y a que le vendredi pour moi où c’est un peu creux. Donc on peut meubler la solitude dans notre pays.
A – Alors vous êtes quelqu’un de très occupé. Et vous dites qu’il y a moyen de s’occuper aujourd’hui. Qu’il existe des clubs de rencontre, d’échanges, de voyages. C’est-à-dire qu’il faut une certaine volonté alors de participer, de s’inscrire.
3 – La solitude, c’est souvent du à des évènements extérieurs. Je pense également qu’il y a une autre cause de solitude, c’est soi-même. Quand on a un comportement avec les autres, j’allais dire quand on a une certaine agressivité, il arrive que l’on fasse son propre trou. On s’isole, on fait sa tour d’ivoire. En conséquence de quoi on en est malheureux, jusqu’à quelques fois accuser les autres d’avoir construit cette tour d’ivoire. Parce que lorsque les gens s’isolent les uns des autres, et on peut aussi parler de la solitude d’un groupe, eh bien on arrive presque à des tours de Babel.
4 – Je voudrais revenir sur un article de Lili Szenasi : « A notre époque, inondée de communication, il y a de plus en plus de gens qui se sentent isolés, entouré de milliers de leurs semblables, personne n’a personne à qui parler, l’individu devient un réservoir de parole non prononcée, on se croise dans les rues, dans les lieux de travail, tout le monde est pressé ou fait semblant, on ne se regarde pas et pas question de se sourire cela ne se fait pas, alors on parle en soi, monologue intérieur. Même si tout le reste va bien, un vide, un froid s’installe, et ce silence forcé fait mal. » D’où l’idée de l’auteur de faire un petit coin lecture. Elle se pose des questions, dont celle-ci : est-ce que les gens vont réussir à communiquer. Elle dit « j’ai commencé ces coins de conversations parce persuadée que dans notre société ils comblaient un besoin, mais je n’aurai jamais imaginé à quel point les gens se sentent isolés. Dans beaucoup de famille, on ne se parle plus, tant on est devenu des étrangers les uns pour les autres […] ». « Vivre seule relève souvent d’un choix et souvent du luxe, avant la guerre trois générations vivaient sous le même toit, et encore aujourd’hui c’est la encore norme dans les familles les plus pauvres et les familles les plus unies, on n’est plus habitués à partager l’espace, à adopter des concessions inévitables, en optant pour la liberté qu’offre un logement individuel on créé de la distance mais cela ne doit pas conduire à l’isolement ».
5 – Je vous remercie de nous avoir fait cette belle lecture, à défaut de nous avoir donner votre propre réflexion. Mais il y a beaucoup d’éléments dans cette lecture. Que l’on peut d’abord rapprocher avec l’intervention précédente : on peut créer soi même ce repliement sur soi-même. On ne remet jamais assez en cause nos propres comportements.
6 – Il me semble que les société évoluent beaucoup, très vite. Il y a deux siècles, la densité de population dans notre pays était moins importante. Et j’ai l’impression que le berger qui allait faire sa transhumance dans les montagnes pyrénéennes ou alpines ne se posait pas la question de la solitude dans les mêmes termes que nous le faisons aujourd’hui. Autrement dit, même si la densité de population augmentait et que l’on était de plus en plus nombreux, il y a quelque chose de l’ordre du perçu et du vécu qui rend la solitude insupportable là où on était certainement plus enclin à l’apprécier dans des siècles un peu moins excités ou énervés. Je me souviens d’avoir lu « Les Rêveries d’un promeneur solitaire » [ de Jean-Jacques Rousseau NdT]. D’avoir lu tout un ensemble de pièces et de livres qui exaltaient la vertu de se retrouver seul, seul face à la nature, seul face aussi à ses réflexions, et que solitude n’était pas un mot négatif alors qu’aujourd’hui il est toujours connoté négativement. Mo j’ai des moments de solitude que j’apprécie tout particulièrement, je n’ai jamais souffert de la solitude. Quand elle s’installe momentanément, c’est toujours agréable et profitable pour mon épanouissement. Je pense donc que c’est une affaire de société, de publicité, de marketing couplé à la consommation, au besoin d’être tous ensemble, l’augmentation des spécialisations dans le travail qui nous rend toujours plus liés les uns aux autres et qui fait que l’on se sent inclus dans un système où l’on ne peut plus goûter ce plaisir de la même façon. Il ne faut donc pas écarter cet aspect psychologique du fait que l’on dénonce la solitude au Xxième siècle et qu’on la dénonçait pas avant.
A – Alors, vous allez dans un autre sens de ce que l’on a abordé depuis le début. La solitude serait à reconquérir pour vous. Ce serait quelque chose que l’on a perdu, la solitude en tant qu’épanouissement de l’être, de l’individu. Cela nous permet de nous retrouver face à des questions personnels, à des réflexions, à la nature vous le soulignez aussi.
7 – On peut être seul en pleine foule. Je pense au métro. J’ai lu un article une fois sur une dame morte dans son appartement et que l’on avait découvert que vingt jours après son décès. On ne soupçonnait même pas son absence, voire son existence. On a pu voir aussi qu’un homme écrasé l’avait été par une centaine de voiture avant que les secours arrivent. En panne, sur la route, si vous n’avez pas votre portable, vous pouvez toujours attendre que l’on s’arrête. Par contre, au Québec, des gens isolés, parfois à des centaines de kilomètres, arrivent à se donner rendez-vous régulièrement. Pour moi c’est donc une affaire de volonté.
A – On a parlé de solitude subie, puis de solitude voulue, ou en tout cas apprécié, apprivoisée, épanouissante aussi. Là vous parlez d’une autre facette, celle de l’indifférence. On parle beaucoup d’absence de communication aujourd’hui mais vous mettez en exergue l’indifférence.
8 – La solitude dont on parle depuis un petit moment, on en parle en terme de communication et de rapport à l’autre. J’ai envie d’en parler en terme d’intériorité. Perdre son conjoint c’est perdre une partie de soi-même, c’est changer de statut vis à vis de la société. Et dans ma solitude, ce dont j’ai le plus souffert c’est ce que j’appelle l’exclusion sociale. Monsieur du début parlait de voyage organisé, oui mais voilà, on monte dans le bus et la place que l’on veut prendre est toujours « gardée ». Si on essaie de se mettre à une table de 4 personnes parce qu’il y reste une place, non ce n’est pas possible, il y a un sac sur la chaise. Il y a une exclusion sociale absolument abominable. Des amis ayant eu l’habitude de vous inviter ne vous invitent plus parce que c’est difficile à table, 7 personnes c’est plus difficile que 6, à moins que « par gentillesse », on fasse un club de veuves et de divorcés. Essayez d’aller au théâtre seule, vous sentez un vide se créer, ça c’est de la solitude intérieure. On peut la gérer la solitude de communication. Mais la solitude profonde, intérieure, qui vient parfois de l’exclusion sociale, celle-ci est difficile à gérer. Et parlons aussi de la solitude affective. On peut très bien paraître quelqu’un de fort, de courageux mais personne ne voit la solitude affective. Celle-ci, où mène–t-elle ? Elle renvoie à une question intérieure. Mais qu’est-ce que je fais de ma vie ? Comment se fait-il que lorsque j’étais avec l’autre j’étais bien, je me sentais vivre à 100%. Que se passe-t-il ? La question qui se pose : la communication sociale est indispensable, l’homme ne peut pas vivre seul, mais les habitudes sociales créent des statuts, les couples, ; les divorcés, etc., auxquels on affecte un certains types de comportements, et ça c’est que la communication ne passe pas.
A – Alors vous vous exprimez encore sur la solitude de façon négative.
8 – Ah non, parce que je peux vous dire que lorsque l’on se pose ces questions là on essaie d’y répondre soi-même donc inévitablement cela développe une intériorité. On se dit que l’on a encore du chemin faire, il y a des changements de comportement, on se fabrique autrement à soixante ans. Il faut se reconstruire, j’ai ma démarche personnelle. Par rapport à la solitude, qu’est-ce que chaque être peut développer et prendre à la société ?
9 – Il existe une association qui existe seulement pour les jeunes veuves de moins de cinquante ans. Et j’ai dit tout haut : « et pour les vieilles divorcées vous n’avez rien ? ». Et puis autre chose, une très belle chansons de Moustaki qui dit « Je ne suis jamais seul avec ma solitude ».
10 – Oui, je voulais dire que lorsque l’on est seul, il faut forcer son talent pour aller vers les autres. Dans un club, devant des personnes que l’on ne connaît pas, on fait le tour du club, on fait des petits mots sympathiques, et puis le sourire fait beaucoup aussi.
11 – Bien souvent, ce que l’on peut prendre pour de l’indifférence, cela peut être de la timidité. Donc il faut bien faire le premier pas. Je le fais volontiers. On parlait tout à l’heure. Parfois j’y rentrait en disant « bonjour messieurs dames ». L’enthousiasme ne faisant pas sentir vivement mais il y avait toujours quelqu’un pour sourire et entamer la discussion. Bon j’étais plus jeune, un peu culotté peut-être.
12 – Je voudrais revenir sur un point. Dans l’ensemble, vous adoptez des attitudes bienveillantes à l’égard des gens timides, mais lorsqu’il ne s’agit pas de timidité, lorsque les personnes sont névrosées, souffrent de façon personnelle, intime, à ce moment là la personne en question a du mal à affronter les autres. Cette personne a envie de communiquer mais en même temps elle en a terriblement peur. Et évidemment chacun la regarde d’une façon neutre, froide, eh bien la situation ne se débloquera pas. Je veux dire que c’est assez complexe.
13 – L’homme est dans l’extériorité. La femme, dans l’intériorité. Je me dis que si ce débat avait au moins le mérite de faire découvrir à l’homme que la femme qui est souvent plus discrète, réservée, repliée parfois, ce serait quelque chose de gagné.
A – Alors j’ai une question à vous poser. Aujourd’hui, à priori on dénonce la solitude. Mais nous sommes tout de même dans une société dans laquelle l’effet de groupe, ou plutôt de masse, se fait largement sentir. On aurait un sentiment fabriqué d’une solitude présente et pour autant on n’arrête pas les hymnes à la massification.
14 – Peut-on discuter de la solitude comme s’il existait une seule sorte de solitude, je ne le crois pas. Il y a la solitude subie. Il y a la solitude provoquée par l’exclusion, par la maladie, et la société peut peut-être tenter d’y pallier. La solitude subie à la suite d’un veuvage, cela me paraît difficile que la société participe à son atténuation. Chacun l’intériorise en fonction de son caractère. Certains s’y habitue, d’autres non. Il y a cinquante ans, je me rappelle avoir visité des centres de troisième âge pour apporter une présence. Quant aux voyages, on peut dire qu’ils sont souvent fait pour les gens qui ont une bonne retraite.
15 – Je pense que l’on peut trouver une forme de liberté même si l’on a subit l’exclusion. On peut trouver une compensation dans la liberté. Même petite. On peut se dire que l’on est libre, de s’ouvrir d’autres horizons. C’est une possibilité de rebond.
A – Aurions-nous tellement peur aujourd’hui de la solitude à telle point que l’on nous a montre seulement de son point de vue subie ? Pourquoi ne pas l’entrevoir sous l’angle de la construction, on l’a dit plus avant épanouissante. Pourquoi notre société nous montre la solitude sous un angle particulièrement néfaste ?
16 – Il y a en effet une solitude sociale et une solitude plus intérieure. La solitude sociale est aussi liée au responsabilité que les gens prennent dans la vie. Un veuvage peut signifier quelques fois assumer seul la charge de la famille, un divorce prendre de nouvelles orientations professionnelles. Ici des situations peuvent être vécu comme un abandon, et la nécessité de faire face seul. C’est une perception assez extérieure à la solitude qui permet à l’individu de se recentrer dans ses activités. Et de se dire « oui, là il faut que j’affronte seul telle chose ». Cela peut être bien ou mal vécu. C’est de toutes façons différent de la solitude qui peut arriver à quelqu’un même de très entouré, mais qui se sent seul parce qu’il vit quelque chose de traumatisant, de particulier. Il se sent seul mais c’est quasiment métaphysique. C’est lui face au monde. Ici on rejoint la question philosophique de la conscience de soi, de la perception de l’altérité, c’est-à-dire que l’on est de toute façon seul dans notre conscience et il faut arriver à le gérer cela. Quand je parlais de l’acceptation de la solitude dans notre siècle par rapport à ce que cela pouvait être avant, je ne faisais pas référence à il y a 50 ans, mais il y a deux cent ans, eh bien cette solitude pouvait être un ressort, un mécanisme intérieur d’acceptation. Mais ce qui nous semble actuellement défavorable c’est la vision qu’offre notre société d’implication mutuelle et puis l’absence de réflexion métaphysique c’est-à-dire qui laisse les individus seuls face aux grandes questions. Le souci du quotidien et de la consommation immédiate font que l’on réfléchit peu sur la mort, sur le sens de l’existence. Et c’est cette solitude là qui lorsque l’on a une baisse d’activité peut ressortir, quelque soit son degré d’accompagnement, son entourage. Donc il faut bien dissocier ces deux solitude, peut-être même une troisième, la solitude mal vécue de l’intérieure et liée à des circonstances extérieurs. On parlait de la solitude affective, plus basiquement la solitude sexuelle, il y a beaucoup de jeunes qui accepte mal cela.
A – Alors vous nous suggérez que notre société a généré une prise de conscience sur des solitude qui avant nous apparaissait moins flagrante.
16 – Il y a des solitudes existentielles qui on toujours été là. Aujourd’hui on parle des psychanalystes, mais dans le temps on allait voir les curés. Aujourd’hui, sous la pression de l’athéisme, on se sent peut-être seul face aux grandes questions.
A – Le côté métaphysique de la solitude, qui s’est fait ressentir de tout temps, aujourd’hui on ne la canalise pas, on ne l’appréhende pas. Nous sommes dans une société qui nie le religieux. Je parle du religieux au sens noble du terme. C’est indéniable.
17 – Je pense que la solitude paraît être un phénomène qui s’amplifie aujourd’hui. L’antidote c’est bien la communication. Or où apprenait-on à communiquer avant ? C’était dans la famille, le point de départ. Moi je suis assez vieux pour me rappeler de l’époque où il n’y avait pas la télévision. On se réunissait parce que c’était une nécessité, parce que les soirées pouvait être longue. Maintenant, à la maison, quand on rentre, qu’est-ce que l’on entend : « chut ! ». Parce que quelqu’un suit son feuilleton. Je pense que ce que l’on appelle le, progrès a détruit une part de la communication, notamment familial, et donc par la suite plus globale. Ce qui a entraîné peut-être par la suite le retrait des jeunes vers les bandes. Et voilà comment la famille qui éclate en morceaux conduit à la non-communication.
A – Alors il y a à priori un autre terme important que vous soulignez : la disponibilité. Il y a le fait d’accepter que quelqu’un ne soit pas disponible, d’attendre le moment propice. Tout cela, pour vous, ce serait des moments que l’on arrive plus vraiment à appréhender.
18 – Dans l’antiquité, je ne sais plus qui a dit : « odi profanum vulgus: et arceo », traduisons : « Je haïs la foule profane, je m’en écarte ». Je ne suis pas loin de penser la même chose. Un peu plus loin, les solitaires de Port Royal, ----- propos prosélyte, interruption ----- ----- propos prosélyte, interruption -----.
A – Alors on aura compris que vous étiez d’un certain bord politique, mais ne vous inquiétez pas toutes ces considérations n’ont aucune importance ici. Vous êtes un citoyen, comme nous tous. Je vous rappelle que vos propos, conformément à la charte de La Nouvelle Arcadie, seront enlevés du compte-rendu.
20 – Je crois que ce serait intéressant de regarder certaines causes particulières de la solitude. Actuellement, je constate qu’il y a une immense mutation sociale, et ce qui entraîne cette solitude c’est le changement de coordination entre les membres de la société. Où trouve-t-on un maximum de fuite de la solitude, en principe je pense que c’est dans la sexualité quand elle est vécue de façon heureuse. Or, que se passe-t-il aujourd’hui, c’est que l’on arrive à une mutation de la femme, de parité avec l’homme, et souvent l’homme qui est attaché à des schémas classiques, traditionnels, et la femme aussi, qui les a bien intégrés, supportent très mal cela. D’où le divorce. La solitude des deux, des enfants aussi. Personnellement j’ai vécu cela. Je me suis rendu compte dans ma vie de SDF dans la rue, la nuit, le froid, le premier souci que j’avais le matin, c’était « vivement que le premier troquet ouvre que je puisse prendre un café, rencontrer quelqu’un ». En ce moment, tous les moyens dits « de communication » détruisent la communication. Je pense au téléphone. C’est peut-être un moyen de communication certes, mais la plupart du temps on donne la priorité à l’appareil sur l’interlocuteur. Rendez visite à quelqu’un, sitôt que le téléphone sonne c’est terminé. Moi je crois qu’il y a un certain savoir-vivre de la communication qu’il faudrait redécouvrir. Il y a aussi la voiture, qui est un facteur de solitude. Dans 8 cas sur 10, la personne est seule dans sa voiture, les vitres fermées. J’ai fait une découverte fabuleuse en décidant de vivre sans bagnole, même pas le vélo, parce que lorsque l’on marche on a la possibilité de rencontrer des gens. Et je me suis rendu compte que la solitude si cruelle qu’elle soit elle permet de redécouvrir la communication avec l’autre. Seulement il faut avoir le courage de se remettre en question.
A – Alors pour vous la solitude c’est un passage obligé, et c’est le moyen de reconquérir la communication avec les autres. Et puis vous soulignez que les outils mis en place rapidement, le téléphone, la voiture, ne sont pas utilisés sciemment, dans le respect de l’autre.
21 – J’ai envie de dire que la solitude fait partie de l’être humain. On est tous susceptible de la vivre un moment de sa vie. Je voudrais aborder la solitude des jeunes. Il y a des jeunes de 10, 12 ans, qui sont dans une solitude. Des plus âgés aussi. A partir de ce moment là, il faut savoir que l’on est susceptible d’être seul. Et quelles réponses apporter ? Déjà quand on sait que l’on va subir une solitude, on devrait être sur nos gardes. Des personnes gèrent très bien la solitude. D’autres ne l’intègrent pas. Il faut savoir, au delà de la communication, en parler, de cette solitude. Avec des jeunes, dont on ne sous-estime pas la solitude. Et donc en parler et dire que cela fait parler de la vie. La banaliser en quelque sorte.
A – La solitude, ce n’est pas un fléau, même si cela touche tout le monde. Alors cela touche tout le monde, et là on parle de la solitude qui fait parler de la vie. Vous soulignez qu’il n’il n’y a pas de solution type, que les solutions on les trouve soi-même, et notamment en en parlant.
22 – Je vais réagir sur la mise en cause de la technologie moderne. On parlait du téléphone ou de la voiture, cela dépend de la façon dont on s’en sert. Le téléphone peut s’avérer être une arme étonnante pour rassembler des gens autour d’un décès et faire une pyramide, un tel appelle un tel, etc., et tout le monde se trouve là à l’enterrement. Pour la voiture, on rencontre beaucoup plus de gens à pied en effet mais on s’attarde peu à serrer la main de tout le monde. J’ai connu quelqu’un qui naviguait qu’en auto stoppe, et il a fait des rencontres fabuleuses. Parce que la voiture, autant elle peut priver les gens du contact des autres en étant un réceptacle fermé, autant quand il y a quelqu’un qui rentre dans ce réceptacle cela devient un cocon de communication. Et quand vous faites 300 kilomètres avec un conducteur des échanges se créent, des amitiés se forment. Et lui, il m’a toujours impressionné par ce côté là, quelques fois fait envie. N’oublions pas que les technologies ne sont que des moyens. L’intervention de la personne si prosélyte et qui oublie je l’espère qu’elle est d’un bord politique mais qu’elle devient citoyen quand elle entre en Arcadie, eh bien son intervention m’a fait penser à un moteur de recherche. On tape un mot sur Internet et on a des milliers de pages, mais Internet est un liant exceptionnel pour tout un tas de personnes qui ne peuvent pas sortir de chez elles. On peut se poser la question sur le fait que l’on se renferme avec un objet mais plus généralement, je pense que la télévision est là pour véhiculer une culture. A la base, la culture c’est le point commun des gens pour pouvoir communiquer. Il faut avoir un minimum de culture commune pour communiquer avec les gens. Aujourd’hui il y a un effet pervers qui fait que la culture devient un outil d’exclusion. Aujourd’hui, des gens qui commence à être cultivé, avec pour référence la citation latine dont on nous a précédemment fait part, fait que la culture isole plutôt de la masse qui elle n’est pas forcément la plus à même de comprendre les vues de la personnes qui s’est cultivée. Et cet effet pervers on peut le retrouver contré par la télévision notamment. Combien de gens se sont mis à discuter de Loft Story quand c’est arrivé ? C’était un sujet de discussion et deux jours après, dans tous les cercles que je fréquente, y compris des cercles plutôt qualifiés d’intellectuels, on parlait de Loft Story. La télévision peut donc être un agent culturel.
23 – Bon, j’annonce la couleur, je suis l’ennemi numéro un de la télé. Pourquoi ? Parce que je ne vois pour l’instant que du négatif. On ne sait peut-être pas s’en servir, c’est vrai. Je voudrais faire une expérience et savoir combien dans une famille, parlons de la soirée, combien donc de minutes il reste à partager. Quand on a vu les deux émissions de la soirées, on cligne des yeux et on va se coucher. La télévision tue l’esprit familial. Cette technologie monopolise notre temps commun. Auparavant, on était contraint à la communication, soirées, veillées, etc. Et cela s’apprend en famille. La solitude pour moi c’est la conséquence d’une mauvaise préparation à la communication. Ca commence tout jeune. Le jeune qui rentre de l’école prend un quignon de pain et file vers la télé. On allume même la télévision pour avoir une présence. On ne sait pas ce qui s’y passe mais on l’allume. En Angleterre, je crois qu’une loi est passée et qui faisait une journée par an sans télévision pour notamment permettre aux associations de se réunir.
A – Bon, alors, l’ennemi public numéro un de la télé a parlé. Allez on continue.
24 – Je voudrais revenir sur le téléphone. C’est tout de même un bon moyen palliatif pour les personnes qui ont a subir une solitude. D’autre part, je pense que dans notre vie agitée, on a tous besoin de moments de solitude. Je pense par exemple à la mère de famille qui a une vie trépidante et puis qui au moment où tout le monde est couchée apprécie le silence et le fait de se retrouver seule. Je pense aussi à la solitude du décideur, quelqu’un qui doit prendre une décision. A la solitude d’un président de la République par exemple quand il doit gracier quelqu’un.
A – Bon, effectivement, cela me semble être une piste que l’on a pas très bien dégagée. Encore une fois, cette solitude que l’on nous rappelle bénéfique et constructive, pourquoi la voyons-nous toujours si négative ? On nous fait vivre aujourd’hui la solitude comme une maladie.
25 – Je pense que beaucoup d’agressivité des jeunes provient de ce que les jeunes n’arrivent pas à maîtriser cette solitude si marquante. Nous sommes à la génération « clefs au cou ». Le gosse rentre de l’école, il a la clef autour du cou, voit sur le frigo telles directives, telles informations, et cela crée une angoisse. Pour revenir sur la vision positive de la solitude, je pense aux groupes de méditation, dans lesquels on se retrouve seul. La solitude a une valeur.
A – Alors sur le malaise des jeunes du à la solitude, ne pouvons-nous pas parler plutôt de manque de projet ? A priori on met tout sur le dos de la solitude, cela ne cacherait-il pas l’absence de projet ? On sait ce que la projection amène comme motivation.
26 – Propos polémiques.
27 – Vous êtes Arcadien avant tout dans ce lieu. Je voudrais peut-être en finir avec les outils dont nous débattons depuis quelques interventions. Je pense que l’on a inventé la voiture pour se déplacer plus rapidement qu’à pied ou qu’à cheval, inventé le téléphone pour créer un contact entre des personnes très éloignées. En aucun cas ces outils avaient la prétention de couper les individus du monde extérieur. Ces outils sont peut-être mal utilisés parce que très neufs.
28 – Un sujet que l’on a pas abordé, c’est la solitude qui créé l’angoisse, c’est ce qu’il y a de plus désagréable, l’angoisse de la vie, de la mort. ---- Propos hors débat ayant trait à l’existence d’une vie après la mort -----.
A – Vous comprenez bien que l’on ne peut débattre des croyances.
29 – Je me fais ma petite synthèse. J’ai retenu que l’on avait beaucoup discuté autour de la communication. Plus de mal que de bien. Finalement, on peut gérer notre solitude. Un deuxième aspect : la solitude des jeunes, on ne s’en préoccupe pas assez. C’est aussi à nous les moins jeunes de tendre la main. Quand un jeune est mal à l’aise, eh bien c’est notre propre malaise qui nous empêche de l’approcher. La douleur d’une solitude met parfois mal à l’aise autrui. Et la solitude s’amplifie. Soyons attentif à la solitude des jeunes. Le troisième aspect, c’est les bienfaits de la solitude. Je voulais finir là dessus, sur la solitude constructive, libératrice, et créative en ce sens que l’on ose faire des choses que l’on s’interdisait. La solitude est capable de faire grandir l’Homme.
Interventions
farah
vendredi 01 juillet 2011 16:52:02 +00:00
vs avez j suis un fonctionnaire et j suis tre jeune 23 ans et la solutide me brise le coeur alors j voudrai savoir ses consequence sur mon psychologie car j remarque que la plus part de mon temps j passe a se parler monlogue,
wissal messari
dimanche 09 octobre 2011 21:00:33 +00:00
vraimnt c magnifique et merci pour toutes ces informations qui me t'aide beaucoup c'est trés gentil
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