Compte-rendu synthétique par François Toutain — Café Citoyen de Caen (18/04/1998)
Animateur du débat : François Toutain
» Religion et Spiritualité
Faut-il interdire les sectes ?
La secte peut se définir comme un groupe d’individus professant une doctrine particulière s’écartant de l’observance habituelle. Dans une acception historique, elle est synonyme d’école, ainsi, la secte des épicuriens (in vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines; Louis-Marie Morfaux).
Cependant, dans la société moderne, le terme est devenu péjoratif. Il recouvre de nos jours un groupe de personnes manipulées. Le gourou est la figure emblématique d’une secte. Autre caractéristique de la secte : la manipulation. Celle-ci peut recouvrir plusieurs domaines. Tout d’abord la manipulation financière. Le gourou extorque de l’argent aux individus entrant dans son groupe. Cependant la manipulation peut également être intellectuelle, spirituelle et affective. Ainsi qualifiée, la secte est devenue un instrument de manipulation du gourou tout puissant. Les adeptes sont ses choses.
Les sectes ont pris une place importante dans notre société. Ainsi, certains grands groupes industriels usent de méthodes proches de celles utilisées par les sectes (introduction de « grades » en fonction des compétences de l’individu à fournir un travail). Plus encore, il arrive que des séminaires soient organisés conjointement par ces grands groupes et une secte.
Étant donné le caractère totalement négatif que l’on accorde à ces groupes, on peut se demander pourquoi des personnes les rejoignent. Il est en effet troublant de dénoncer les manipulations financières et psychologiques que les sectes peuvent utilisées, et que constater que pour autant le nombre d’adeptes ne cessent de croître. Plusieurs explications sont plausibles.
Nous pouvons penser à la crise que connaît actuellement notre civilisation. Les individus sont à la recherche d’un bonheur que la société de consommation est bien loin de pouvoir leur prodiguer. La secte représente aux yeux de ces marginaux une seconde famille, un groupe solidaire.
De même, le fait que notre société soit par trop matérialiste peut engendrer une fréquentation plus importante des sectes. Les individus pallieraient ainsi à un manque métaphysique et mystique.
La Révolution Française a opéré une « déreligionnisation » de la société. Nous pouvons affirmer que ce fut un succès. La religion a perdu tout poids dans la société civile. Le problème est que toute les tentatives de remplacement de ce manque ont échoué. Ce vide est comblé de nos jours par les sectes qui offrent aux individus une religion que l'État fut incapable d’instituer.
La question de savoir si l'État peut être qualifié de sectes mérite d’être posée. Deux conceptions sont envisageables sous la forme d’un thèse et d’une antithèse.
L'État, de par son action sur les individus, peut être qualifié de secte. Va dans ce sens le fait que certaines, pour ne pas dire la majorité des règles fixées par l’état sont imposées sans prendre en compte l’individu. On utilise l’individu dans le sens que la société de consommation commande. Bien évidemment, la direction de « la secte étatique » n’appartient pas à un seul individu comme cela peut être le cas dans un groupement sectaire. Cependant, les manipulations financières, intellectuelles, etc., caractéristiques des sectes sont belles et bien présentes.
Au contraire, l’existence de contrepouvoirs postulerait comme cette assimilation de l’état à une secte. L’éducation nationale, l’existence d’associations permet de développé un regard critique contre l’État qui n’est pas tout puissant à l’instar du gourou. Pour les tenants de cette conception, l’autonomie et une liberté totale vis-à-vis du groupe serait un mythe.
Concernant l’interdiction proprement dite des sectes, il y a une distinction à effectuer.
Si l’individu a librement choisi de rejoindre un tel groupement, il paraît très difficile de lui interdire. Il s’agit ici d’un choix individuel de l’homme. La secte n’est pas condamnable par nature. Elle le devient dès lors qu’elle a des agissements contraires à la loi, mais avec cette précision que ce n’est pas le phénomène sectaire qui induit les contrevenances à la loi, mais les individus la composant. Il devient dès lors difficile de prohiber l’existence de sectes sous prétexte que des individus ne respectent pas la loi.
Par contre, le problème est plus sérieux concernant la présence d’enfants dont la vie peut être en danger du fait de conceptions philosophiques. Ainsi, le problème des « Témoins de Jéhovah » qui refusent toute transfusion sanguine. Est ici posée la question de la propriété des parents sur l’enfant.
Il est donc évident que la secte, par certains aspects, constitue un danger pour l’individu incapable de faire un choix raisonné sur son entrée dans un groupement d’individu, notamment l’enfant. Dès lors, il convient de réfléchir sur les moyens d’actions dont nous disposons pour éviter tout abus.
D’une manière générale, nous l’avons dit, le fait que les politiques soient incapables de proposer un projet de société, constitue une des raisons de la multiplication des sectes. Il convient donc que la classe politique retrouve cette capacité de donner de l’espoir à la population.
Interventions
Tas mehmet
mercredi 20 mai 2009 07:40:04 +00:00
Les sectes peuvent-être légales si elles sont déclarées mais quand elles nuisent à autrui il faut les interdire.
Faut-il donc toujours attendre qu'une ou plusieurs personnes portent plainte avant de lancer une procédure de dissolution d'une secte ?
Robert
jeudi 10 mars 2011 16:33:50 +00:00
Moi j'aime pas les sectes. Mais il faut avouer que - comme la pluspart des gens qui critiques, je n'y connais pas grand chose. C'est vrai, à part la propagande dont nous abreuvent les médias et les organismes spécialisés qui, soit dit en passant, ont d'autres intérêts que la diffusion d'une information objective.
Si on regarde ce que la plupart des sectes recherchent, quelque soient leurs tendances philosophiques, spirituelles ou autres, c'est un plus grand bien être spirituel, une meilleure santé. C'est un but noble, dont malheureusement certains abusent. Mais ça ce n'est pas l'apanage des sectes. On trouve des abus dans tous les domaines.
Pourquoi ne pas faire preuve d'un peu plus de tolérance? Ça rendarit la vie plus agréable pour tout le monde. Voltaire l'avait bien compris en son temps puisqu'il écrivait dans son Traité sur la Tolérance: « Il y a deux monstres qui désolent la terre en pleine paix : l'un est la calomnie, et l'autre l'intolérance; je les combattrai jusqu'à ma mort. » - VOLTAIRE http://marycherby.centerblog.net/195-priere-de-tolerance-voltaire-
Philomene
jeudi 23 juin 2011 13:18:51 +00:00
Cela se passe en Belgique qui suit docilement les pas de sa grande soeur la France..
Faut-il interdire les sectes? Non, ce ne serait pas digne de la démocratie.
Alors on agit plus sournoisement. Certains députés inventent de nouveaux délits supposés aider les victimes de pratiques sectaires et autres.
Le prétexte semble peut-être noble – protéger les plus faibles contre les abus – mais le texte de loi tel qu'il est formulé contient de grossière violations aux droits fondamentaux garantis par la Constitution. Et ça, la plupart des députés qui l'ont voté pourraient s'en rendre compte si seulement ils lisaient ce qu'ils votent!
Si l'on n'aime pas son chien, on peut toujours l'abattre en disant qu'il avait la rage.
Comme il serait très mal vu de faire cela avec des humains, alors on invente des prétextes, on les enrobe de bonnes justifications et on légifère.
Ne vous leurrez pas, c'est exactement ce qui est en train de se passer avec cette loi sur l'abus de faiblesse.
Pour ceux qui veulent se donner la peine de comprendre, ils peuvent toujours se référer à l'analyse critique de l'avocate belge, Inès Wouters, publié sur son blog
http://ines-wouters-avocat.skynetblogs.be/
Juno
vendredi 12 août 2011 11:30:23 +00:00
Qu'entent-on par sectes? Pour certains, il n'y a pas de différence entre une secte et une religion si ce n'est qu'une religion est une secte qui a réussi. Pour d'autres, une secte est un groupe manipulateur qui profite de la stupidité de ses membres.
Je pense que le mot "secte" est un gros amalgame, une sorte de terme fourre-tout dans lequel on y met tout ce qui sort des sentiers battus de ce qui est politiquement correct. Sous ce label on y trouve de tout, des trucs les plus tordus aux applications les plus brillantes. Le problème pour les différencier c'est que la plupart des organismes qui devraient aider à trier le grain de l'ivraie sont eux-mêmes politiquement orientés et la valeur de de leurs informations est très discutable.
Quant à la "stupidité" des membres des sectes, c'est bien loin d'être la vérité. Il n'y a pas de profil type. On y trouve des médecins, des ouvriers, des professeurs, des avocats. On y trouve de tout.
Ne serait-ce pas plutôt cette attitude bigote et intolérante des acteurs anti-sectes qui serait la preuve de leur stupidité? Et stupidité est un terme bien léger. Méchanceté serait plus appropié si l'on voit les effets causés par leurs actions sur certains membres de groupes minoritaires et sur leurs proches: vies détruites, familes déchirés, exactement ce de quoi les anti-sectes accusent les sectes.
Voyez http://www.onnouscachetout.com/themes/societe/unadfi.php .
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